Les troubles alimentaires: L’anorexie mentale

La pandémie que nous vivons présentement aura amené, comme nous le savons tous, une augmentation de l’anxiété, de déprime et d’angoisse chez les gens aux prises avec des troubles alimentaires. Les demandes d’aide auprès de l’ANEB (Anorexie et Boulimie Québec) ont plus que doublé dans la dernière année, pour atteindre une augmentation allant jusqu’à 131%.

L’isolation, la perte de la routine, le désir de vouloir garder le contrôle, et le temps passé sur les réseaux sociaux ont eu un impact certain sur les changements dans leurs habitudes et les rechutes, et sur l’obsession qui accompagne ces troubles.

Selon Dre Mimi Israel, cheffe du département de psychiatrie à l’Institut Douglas et professeure agrégée au Département de psychiatrie de l’Université McGill, « les troubles alimentaires survenant le plus souvent à l’adolescence, les parents doivent faire attention aux messages qu’ils véhiculent. Ne pas se montrer obsédés par l’alimentation, ne pas mettre la pression sur les enfants en leur parlant de leur poids ou en les stigmatisant sur des habitudes alimentaires malsaines. L’estime de soi est primordiale. L’important, ce n’est pas l’apparence que l’on a ou notre poids, mais bien qui nous sommes vraiment. »

Voici donc le premier article d’une série sur les troubles alimentaires.

Définition de l’anorexie mentale

L’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire reconnu et répertorié dans le Diagnostic and statistical manual of mental disorders fifth edition (DSM-5) qui définit et catégorise les troubles mentaux. Ce trouble est caractérisé par le désir d’être mince, la peur de l’obésité, une distorsion de l’image corporelle et une restriction des apports alimentaires, ce qui entraîne une perte de poids et un faible poids corporel.

Différents types d’anorexie mentale

Il existe deux types d’anorexie mentale: le type restrictif et le type hyperphagie/comportement d’élimination.

Dans le premier cas, les individus limitent leurs apports alimentaires et peuvent avoir une activité physique excessive. Ils ne présentent pas de crises de boulimie ou de comportement d’élimination de façon régulière.

Dans le second cas, en plus de réduire leurs apports alimentaires, les individus présentent régulièrement des crises de boulimie, où ils mangent frénétiquement, et ensuite un comportement d’élimination, où ils se font vomir ou prennent différents purgatifs (ex. : laxatifs, diurétiques, lavements).

Étiologie de l’anorexie mentale

Les causes de l’anorexie mentale sont inconnues. Un des seuls facteurs de risque reconnus est d’être de sexe féminin. Cependant, d’autres facteurs pourraient également favoriser le développement de cette maladie, comme le fait d’avoir déjà suivi un régime ou d’avoir une préoccupation excessive pour son poids. Il pourrait aussi y avoir des prédispositions génétiques et des facteurs sociaux. En effet, beaucoup d’individus atteints par cette maladie proviennent de la classe moyenne ou supérieure. Enfin, la valorisation de la minceur dans la société occidentale pourrait aussi avoir un rôle à jouer dans le développement de cette maladie.

Symptômes de l’anorexie mentale

Les symptômes de l’anorexie mentale peuvent inclure des ballonnements, des douleurs abdominales et une constipation. Les personnes anorexiques peuvent aussi avoir un faible rythme cardiaque, une faible pression artérielle, une faible température corporelle, une pilosité excessive sur le corps et le visage, des œdèmes et présenter une dépression. Chez les femmes, l’arrêt des menstruations est fréquent. Chez les individus qui souffrent d’anorexie de type hyperphagie/comportement d’élimination et se font vomir fréquemment, les symptômes peuvent également inclure une érosion de l’émail dentaire et une inflammation de l’œsophage. L’anorexie mentale peut aussi causer des changements hormonaux, comme une diminution des hormones sexuelles (œstrogène et testostérone) et une augmentation du cortisol. Ces changements peuvent engendrer une diminution de la densité osseuse, ce qui augmente le risque d’ostéoporose. Une perte de poids importante peut aussi avoir des répercussions sur les liquides et les électrolytes de l’organisme, ce qui peut entraîner une déshydratation et des évanouissements. Enfin, dans les cas sévères d’anorexie mentale, tous les organes importants du corps peuvent être affectés.  

Diagnostic de l’anorexie mentale

Les critères diagnostiques de l’anorexie mentale incluent :

  • La restriction des apports alimentaires engendrant un faible poids corporel
  • La peur de prendre du poids ou de l’obésité
  • La distorsion de l’image corporelle et/ou le déni de la sévérité de la maladie

Traitement de l’anorexie mentale

Le traitement de l’anorexie mentale requiert généralement l’intervention d’une équipe multidisciplinaire incluant plusieurs professionnels de la santé, comme des médecins, des psychologues, des psychiatres et des nutritionnistes. L’objectif initial du traitement est de restaurer le poids. Cette phase du traitement peut nécessiter une hospitalisation. Lors de cette phase, les individus reçoivent aussi des recommandations psychiatriques et nutritionnelles. Ensuite, le traitement à long terme débute et comprend principalement une psychothérapie visant à normaliser le comportement alimentaire et le poids. Cette thérapie dure entre un à deux ans après le rétablissement du poids. Chez les adolescents, la thérapie familiale peut aussi faire partie du traitement. Des suivis réguliers avec différents professionnels de la santé (médecins, psychologues, nutritionnistes, etc.) ont également lieu tout au long du traitement. Enfin, des médicaments peuvent aussi être prescrits.

Approche nutritionnelle pour l’anorexie mentale

Le but premier du traitement de l’anorexie mentale est de rétablir le poids. La restauration du poids se fait via une supplémentation nutritionnelle. L’idéal est d’avoir recours à des aliments solides par voie orale, mais des suppléments liquides peuvent aussi être utilisés. Dans certains cas sévères, l’alimentation par sonde peut aussi être requise. La vitesse de la reprise pondérale peut varier selon la sévérité de la perte de poids. Dans les cas très sévères, une prise de poids plus progressive peut être requise pour prévenir le syndrome de réalimentation. Ce syndrome désigne un ensemble de complications pouvant survenir avec une restauration pondérale trop rapide chez les individus ayant une insuffisance pondérale très importante. Lors de la restauration pondérale, il est aussi recommandé de cesser l’activité physique, car elle peut empêcher la prise de poids. Enfin, des suppléments de calcium et de vitamine D sont souvent prescrits chez les personnes qui présentent une diminution de la masse osseuse.

Une fois que le poids est rétabli, le traitement à long terme vise à normaliser le comportement alimentaire et le poids. Lors de cette phase du traitement, les individus suivent généralement une thérapie comportementale et ont des suivis réguliers avec une équipe de professionnels de la santé incluant un nutritionniste. Le nutritionniste peut intervenir pour établir un plan alimentaire, fournir des recommandations alimentaires et offrir un enseignement nutritionnel afin de contribuer à normaliser le poids.

Enseignement nutritionnel pour l’anorexie mentale

Dans le cas de l’anorexie mentale, le rôle du nutritionniste est notamment de fournir un enseignement sur l’alimentation normale. Cet enseignement peut inclure les recommandations suivantes :

  • Planifier trois repas réguliers par jour.
  • Consommer des portions normales.
  • Élargir le répertoire alimentaire. Les personnes atteintes d’anorexie mentale consomment souvent une petite variété d’aliments.
  • Éviter les aliments minceur ou de régime.
  • Décourager l’adoption du végétarisme ou du véganisme, qui peuvent souvent être utilisés pour camoufler une restriction des apports alimentaires.
  • Éviter de se peser fréquemment. Limiter les pesées à celles effectuées lors des suivis avec les professionnels de la santé.
  • Enseigner comment tenir un journal alimentaire.
  • Éduquer et rassurer les individus concernant les symptômes gastro-intestinaux pouvant survenir au début de la réalimentation. Ces symptômes s’estompent après quelques semaines de réalimentation.

 

Références

  1. https://quebec.huffingtonpost.ca/entry/troubles-alimentaires-demandes-aide-aneb_qc_60185fdac5b63b0fb2836d08
  2. https://www.merckmanuals.com/fr-ca/accueil/troubles-mentaux/troubles-des-conduites-alimentaires/anorexie-mentale
  3. https://www.merckmanuals.com/fr-ca/professional/troubles-psychiatriques/troubles-du-comportement-alimentaire/anorexie-mentale
  4. https://www.merckmanuals.com/fr-ca/accueil/les-faits-en-bref-troubles-mentaux/troubles-des-conduites-alimentaires/anorexie-mentale
  5. https://www.unlockfood.ca/fr/Articles/Adolescence/Quand-la-nourriture-et-le-poids-corporel-prennent-toute-la-place---coup-d%E2%80%99%C5%93il-sur-les-troubles-de-l%E2%80%99alimentation.aspx
  6. https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/anorexie-mentale
  7. Coughlin, Janelle W., et al. Modern Nutrition in Health and Disease, by A. Catharine Ross, Wolters Kluwer/Lippincott Williams & Wilkins, 2014, pp. 1324–1325.

Article rédigé par:

Marie-Noël Marsan, Nutritionniste

 

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