Le syndrome de l’intestin court chez l’adulte

Définition

Le syndrome de l’intestin court (SIC) est une maladie du tube digestif qui se définit par une malabsorption sévère survenant suite à une résection importante de l’intestin grêle. On qualifie un intestin grêle de court lorsque celui-ci mesure moins de 200 cm. Comme la majorité des nutriments (glucides, lipides et protéines) sont absorbés dans les premiers 150 cm de l’intestin, cela explique la malabsorption liée au SIC. Cette malabsorption se traduit par la présence de diarrhée et/ou de stéatorrhée et peut engendrer une malnutrition et des changements métaboliques pouvant être fatals. Enfin, le SIC nécessite généralement l’utilisation de la nutrition parentérale et/ou entérale, car suite à la chirurgie, l’intestin n’arrive souvent plus à maintenir le niveau adéquat de différents nutriments et l’hydratation.

Étiologie

Les causes du SIC chez l’adulte peuvent être nombreuses. Parmi celles-ci on retrouve entre autres la résection chirurgicale d’une section importante de l’intestin grêle, la maladie de Crohn, le cancer, l’ischémie mésentérique (l’interruption du flux sanguin vers l’intestin), le volvulus (l’enroulement de l’intestin sur lui-même) et l’entérite radique (l’inflammation de l’intestin causée par la radiothérapie).  

Symptômes

Les principaux symptômes du SIC sont la diarrhée et les carences nutritionnelles causées par la malabsorption. Cependant, les symptômes du SIC dépendent de l’anatomie et du fonctionnement de l’intestin grêle restant.

La résection (retrait chirurgical) de l’intestin grêle et la malabsorption

L’intestin grêle est une section du tube digestif comprenant le duodénum, le jéjunum et l’iléon. En fonction de la partie de l’intestin grêle qui a été retirée, les conséquences sur l’absorption varient.

Avec la résection du jéjunum, le nombre de disaccharidases, les enzymes responsables de la digestion des disaccharides (certains sucres, composés chimiquement de l'union de deux types de sucres), diminue. La réduction de ces enzymes entraîne une baisse de la décomposition des disaccharides, un type de glucides dont le lactose fait partie. Comme les disaccharides non décomposés ne sont pas absorbés, cela peut engendrer une malabsorption du lactose et une diarrhée.

Avec la résection de l’iléon, le mouvement du contenu intestinal est accéléré et l’absorption de la vitamine B12 et des sels biliaires est réduite. La malabsorption des sels biliaires, impliqués dans la digestion des lipides, engendre une diminution de l’absorption des lipides et des vitamines liposolubles (A, D, E et K). De plus, les lipides et les sels biliaires non absorbés au niveau du gros intestin augmentent et ils peuvent être altérés sous l’action des bactéries intestinales. L’altération des sels biliaires peut mener à la malabsorption des matières grasses et peut être à l’origine d’une stéatorrhée. Enfin, le retrait de l’iléon entraîne aussi une diminution de l’absorption de l’eau et des électrolytes par le gros intestin pouvant être à l’origine d’une diarrhée et d’une stéatorrhée.

L’adaptation intestinale

L’intestin des personnes atteintes du SIC subit généralement une adaptation suite à la résection chirurgicale. Le degré de l’adaptation intestinale dépend de différents facteurs incluant la longueur de la résection intestinale, la section de l’intestin qui a été retirée, l’état de l’intestin grêle restant, la continuité intestinale, la maladie sous-jacente, la malnutrition et l’âge du patient. Habituellement, l’adaptation intestinale survient lorsque l’iléon et le gros intestin sont présents, mais il n’y a peu ou pas d’adaptation au niveau du jéjunum. L’adaptation intestinale inclut différentes modifications comme l’augmentation du nombre de cellules intestinales, l’augmentation du volume des villosités de l’iléon, l’allongement de l’intestin et la modification de la motilité et des changements hormonaux. Toutes ses modifications ont pour effet d’augmenter l’absorption des nutriments et ainsi de limiter la malabsorption. L’adaptation intestinale s’échelonne généralement sur plus d’une année et elle est favorisée par différents éléments comme la nutrition entérale.

Le cas des oxalates

Les oxalates sont des composés présents naturellement dans certains aliments et ils sont normalement éliminés par l’organisme. Cependant, lorsque l’iléon a été retiré, les oxalates ne sont plus éliminés et sont absorbés par le gros intestin. Cela augmente la présence de ces composés dans l’urine et favorise les calculs urinaires. Les oxalates sont présents dans les aliments comme les betteraves, les épinards, les noix, le thé, le chocolat, les fraises, la rhubarbe et le son de blé. Les personnes ayant subi une résection de l’iléon doivent généralement adopter une alimentation restreinte en oxalates, veiller à avoir une hydratation adéquate et prendre des suppléments de calcium, qui se lient aux oxalates et permettent leur élimination.

Approche nutritionnelle

L’approche nutritionnelle pour le SIC chez l’adulte consiste à prévenir les pertes hydriques et électrolytiques et à initier une nutrition parentérale fournissant tous les macronutriments et micronutriments nécessaires (glucides, lipides, protéines, vitamines et minéraux). En effet, immédiatement après la chirurgie, la diarrhée est souvent très sévère et les personnes doivent recevoir leur alimentation par voie intraveineuse (nutrition parentérale) pour remplacer les pertes. Ensuite, les liquides sont réintroduits de façon progressive par voie orale lorsque le patient se stabilise et que la quantité de selles diminue. Enfin, les personnes dont la résection intestinale a laissé moins de 100 cm de jéjunum, ainsi que celles qui continuent d’avoir des pertes excessives en nutriments, en eau et en électrolytes doivent souvent recevoir une alimentation parentérale tout au long de leur vie. Pour les personnes dont le jéjunum restant mesure plus de 100 cm, il peut y avoir reprise de l’alimentation par voie orale.

Recommandations nutritionnelles

Les recommandations nutritionnelles pour le SIC chez les adultes qui peuvent reprendre une alimentation par voie orale incluent:

  • Consommer de petits repas fréquents. Cela permet de réduire le risque de diarrhée.
  • Boire les liquides entre les repas.
  • Avoir des apports plus élevés en protéines, qui sont généralement bien absorbées, et plus faibles en sucres simples, qui favorisent la diarrhée.
  • Observer une alimentation faible en oxalates lorsque l’iléon a été retiré.
  • Consommer des multivitamines en fonction des besoins nutritionnels (ex. : magnésium, calcium, fer, vitamine B12, etc.).

Le syndrome de l’intestin court est une maladie du tube digestif qui peut avoir un impact considérable sur les individus qui en sont atteints. De plus, ces individus peuvent avoir des profils très différents en fonction de l’anatomie de l’intestin grêle restant et de l’adaptation intestinale qui varie d’une personne à l’autre. Par conséquent, chaque individu a des besoins différents et un suivi du syndrome de l’intestin court par des professionnels de la santé est indispensable.

Références 

  1. Bouthillier, Lise. Janvier 2019. «Maladies du tube digestif». NUT 2047 – Nutrition clinique 2. Montréal : Université de Montréal.
  2. D’Aoust, Louise. Janvier 2019. «Le grêle court». NUT 2047 – Nutrition clinique 2. Montréal : Université de Montréal.
  3. https://www.merckmanuals.com/fr-ca/professional/troubles-gastro-intestinaux/syndromes-de-malabsorption/syndrome-du-gr%C3%AAle-court
  4. https://www.merckmanuals.com/fr-ca/accueil/troubles-digestifs/malabsorption/syndrome-de-l-intestin-court

 

Article rédigé par:

Marie-Noël Marsan, Nutritionniste

 

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